20e conférence – 20 janvier 2017

La conférence aura lieu le

vendredi 20 janvier 2017 à 13h

Université du Québec à Montréal, salle W-5215

Conférencière: Aude Bandini (Université de Montréal)

Aveuglement volontaire et responsabilité de l’agent

Résumé:
Il existe une multiplicité d’exemples dans lesquels un sujet se retrouve à entretenir (ou prétendre entretenir) des croyances manifestement fausses ou qu’il a tous les moyens de reconnaître comme telles. Ainsi, le fait de n’avoir jamais gagné à la loterie encourage certains à croire que leurs chances s’améliorent après chaque échec, même si leurs connaissances élémentaires en matière de probabilité pourraient suffire à les en dissuader.

La question de savoir dans quel état mental, et plus précisément doxastique, se trouve quelqu’un qui semble ainsi entretenir des croyances manifestement fausses ou infondées est non seulement intrigante sur le plan philosophique, elle est aussi cruciale du point de vue de l’imputation de la responsabilité morale et juridique lorsque le sujet, en se fondant sur des croyances fausses (mon ami, bien que très alcoolisé, est capable de prendre le volant), est indirectement à l’origine de dommages ou de mise en danger des biens ou de la personne d’autrui ou de sa propre personne. La question centrale est alors celle de savoir si c’est de manière intentionnelle ou non que l’agent a acquis ou maintenu des croyances fausses : a-t- il été simplement imprudent, involontairement irrationnel, ou a-t- il délibérément violé ses devoirs épistémiques et, le cas échéant, ses devoirs juridiques ou moraux ?

Pour en débattre, le législateur a recours à des notions qu’il emprunte à la psychologie ordinaire, comme celles de déni, de négligence, d’ignorance coupable ou encore d’aveuglement volontaire. Celles-ci laissent toutes entendre qu’un sujet épistémique pourrait en un sens choisir de croire le faux, et même qu’il pourrait, selon les circonstances avoir de bonnes raisons de le faire. Philosophiquement, cependant, il est très difficile d’expliquer comment une telle chose pourrait être possible : il semble psychologiquement et conceptuellement impossible de croire à volonté (comme on peut bouger ses doigts à volonté). A fortiori semble-t- il inconcevable que l’on puisse croire volontairement ce que l’on a, par ailleurs, de très bonnes raisons de juger faux ou injustifié, que cette croyance nous plaise ou non. Le but de cette contribution est par conséquent de proposer une analyse philosophiquement robuste de ces pratiques doxastiques, afin de faire la lumière, d’une part, sur le type d’attitudes mentales qu’elles impliquent (quelles sont les croyances d’un individu qui refuse l’évidence, et quel est le type de rapport à la vérité et aux preuves disponibles qu’elles manifestent ?) et d’autre part sur le degré de responsabilité qu’elles engagent.

À propos de la conférencière/Bio:
Aude Bandini est professeure adjointe au département de philosophie de l’Université de Montréal. Spécialiste de la philosophie de Wilfrid Sellars, de la philosophie du langage et de la philosophie analytique, entre autres, elle a aussi été professeure au Cégep Édouard-Monpetit et post-doctorante et chargée de cours à l’UQAM. Aude Bandini est membre du « Steering Committee » de la Society for the Study of the History of Analytical Philosophy.

Comme d’habitude, la conférence est gratuite et ouverte au public, et sera suivie d’une collation propice à l’intéraction entre les participantes et participants.